Les éditoriaux

N° 9 – Le Grelot… fait son cirque

LE SPECTACLE CONTINUE

« Maman ! Maman !… »

Le petit garçon tire sa mère de toutes ses petites forces vers le petit cirque qui se dresse à l’entrée du village. La mère tente bien de retenir son petit pour l’empêcher de lui échapper, mais il est bien trop rapide. Le voilà qui court à perdre haleine vers le chapiteau bariolé…

Ce cirque, la mère le connaît bien. Quand elle était gamine, il venait déjà ravir petits et grands. Et, avant elle ses parents, encore enfants, venaient déjà admirer ses merveilles. Aussi, regarder son fils courir les roulottes lui fit un pincement au cœur, car ce cirque elle l’a vu peu à peu péricliter, ses spectateurs se raréfier, ses artistes décliner et ses animaux mourir les uns après les autres… et, la toile de tente qui parait si belle de loin, est maintenant reprisée de partout et ses couleurs complètement passées…

La course de l’enfant prend fin devant une cage rouillée où somnole un lion hors d’âge, pouilleux et édenté. À son arrivée, le vieux félin lève la tête

« Salut petit ».

L’enfant n’a pas rêvé : le lion vient de lui parler !

Les yeux grands comme des soucoupes, il s’apprête à bredouiller une réponse, mais sa mère vient de le rattraper et l’éloigne avant qu’il ait eu le temps de répondre.

« Viens, va. Il n’y a plus grand-chose à voir par ici, malheureusement… » lui glisse-t-elle avec un sanglot dans la voix…

N’empêche, pense le petit garçon avec tout plein d’étoiles dans le cœur, n’empêche que le lion, il m’a parlé…

 

 

N° 8 – Le Grelot… pas si bête

« Entrez, entrez, mesdames et messieurs! »

L’aboyeur en grande tenue tenant son chapeau haut de forme à la main, se tenait derrière un pupitre de pacotille à l’entrée soigneusement occultée d’une vaste tente. Une petite foule de badauds buvaient ses paroles.

« Entrez, entrez et vous verrez !

Vous verrez l’homme-serpent sans bras ni jambes, mais qui va à la vitesse de l’éclair en rampant ! Entrez et pour 10 sous seulement, vous verrez la femme-papillon qui se nourrit exclusivement de fleurs, mais ne vit qu’un seul jour ! Allons, allons, 10 sous, pour voir la femme-fourmi qui peut porter, tenez-vous bien, non pas deux fois, ni dix, ni cent, mais 5.000 fois son poids ! 10 petits sous pour admirer la cruelle femme-araignée qui dévore ses victimes encore vivantes ! L’homme-requin aux 7 rangées de dents acérées qui peuvent broyer les aciers les plus solides ! Et l’homme… »

Un spectateur qui écoutait le speech au premier rang se tourna alors vers les autres badauds.

« Sornettes ! Mensonges ! ricana-t-il, tout ça n’existe pas ! »

Et, il fit demi-tour.

C’est alors, qu’à la stupéfaction générale, une queue annelée surgit du dos du bonimenteur et le dard qu’elle portait à son extrémité vint se planter dans le cou du mécontent. Qui, frappé à mort, s’écroula sur le sol. Incroyable ! Le bonimenteur lui-même n’était autre que l’homme-scorpion en personne !

L’effet sur le public fut immédiat. Tout le monde prit illico un ticket pour aller voir les merveilles que recelait la tente.

« C’est bon Marcel, ils ont tout gobé, tu peux te relever ! Tu as juste le temps d’enfiler ton costume d’homme-caméléon avant qu’ils arrivent à ton niveau… ah ! Et n’oublie pas de bien enrouler ta langue ! »

 

N° 7 – Le Grelot… code 007

Nom de code « Grelot »

L’homme couleur de muraille entra et se mit au garde-à-vous devant le bureau où se tenait un homme de corpulence impressionnante qui l’invita d’un geste à parler.

« Mes respects Docteur… excusez-moi, je voulais dire Chef, Chef ! Agent Triple Z au rapport !

– Repos. Je vous écoute. Soyez bref !

– Chef, je viens vous rendre compte des résultats des surveillances que j’ai effectués avec mes hommes sur la cellule G – pour Grelot. Mission pratiquement bouclée : les objectifs sont sur le point d’être tous identifiés et leurs visées percées à jour. D’ailleurs le démantèlement de la cellule n’est qu’une question de jours… Nous savons que la cellule G compte 8 agents opérationnels (6 femmes et 2 hommes) et dispose d’une nébuleuse d’agents dormants extérieurs prêts à être ponctuellement activés. L’organigramme de l’organisation, comprend trois catégories d’agents chargés de missions distinctes : L pour logistique, E pour écriture et I pour image.

La couverture utilisée par ce groupe subversif est une couverture de… magazine, « Le Grelot » d’où le nom de code de l’opération. À ce stade, nous soupçonnons ce vecteur de communication d’être utilisé pour faire passer des informations ultra-sensibles ! A ce sujet, nos analystes ont pratiquement percé à jour les codes que les membres de la cellule utilisent pour faire passer lesdits renseignements. Nous savons que le code change à chaque nouvelle parution et la clé du code se trouve dans le sous-titre. Tenez chef, regardez par exemple le dernier numéro. Il est sous-titré 007…

– D’accord, il s’agit du numéro 7, mais… 00 : je ne vois pas trop…

– C’est pourtant simple, sauf votre respect Chef, ou devrais-je dire sinistre Docteur Jujube ! Vous devriez le savoir puisque vous êtes le donneur d’ordre de la cellule G. 00 signifie permis de… »

L’homme n’eut pas le loisir de terminer sa phrase. Son interlocuteur venait de l’abattre froidement d’une balle en plein front.

« De tuer. Permis de tuer, je sais… »

 

N° 6 – Le Grelot… voit rouge

Deux mots associés, une couleur jamais égalée ! Rouge et grelot ! Un rouge musicien ou un rouge qui a froid ? Drôle d’alliance que l’auteure de bonne humeur ose là ! Connotations, ressentis, vécus, peurs, amours, désirs s’expriment en rouge coquelicot, passion, grenat… Le rouge nous parle et monte parfois aux joues ! C’est une couleur vivante, vivace, vermillonne la mignonne ! Tentatrice, initiatrice, institution de nos émotions. Prenons-la plutôt par les bons sentiments : rouge baiser, rouge velours plutôt que de voir rouge colère ou rouge sang ! Vous y voyez déjà plus clair !

Le rouge. Ami, petit diablotin… Porteur de bonne nouvelle ou chroniqueur d’une mort annoncée ? Il est tout et rien à la fois. Frissons… de bonheur, d’émotion, de frayeur ? Il est comme cela. D’un seul ton, qu’il hausse parfois le bougre. Il se teinte de dégradés quand il veut se mêler aux vies plus nuancées des autres couleurs. Il fait un effort, se mélange au bleu et hourra, naissance d’un violet tendre ! Puis notre rouge enchanté embrasse du jaune, oh ! un orangé vif complète la palette d’un arc-en-ciel improvisé. Notre rouge, heureux de ces mariages, est sur le point de plonger dans un vert bambou, mais freine soudain.

Rouge se met à penser et réalise qu’il a un métier ! Celui d’être rouge pour le monde      entier ! Et de laisser les poètes inventer des rouges écrevisse, géranium, groseille, corail, cramoisi, enflammé, écarlate, carminé, cerise et depuis peu… grelot !

Et vous ? Quel est votre rouge préféré ?

 

N° 5 – Le Grelot… en Zanthanie

Ailleurs…

– Vous voulez aller où exactement ? me demande, tout sourire, le pilote du vieux zinc hoquetant en bout de piste.

Quand je dis penaud :

– Euh… en Zanthanie, vous connaissez ?

Il me répond dans un gigantesque éclat de rire :

– Vous osez me demander si je connais la Zanthanie ?!! À moi qui ai fait cinq fois le tour du monde ?!! Elle est bien bonne celle-là !… En fait, pas du tout !

Voyant mon extrême déception, il se reprend :

– Mais… qu’à cela ne tienne, nous allons trouver ! Avez-vous au moins un début de commencement d’idée de la direction qu’il faut prendre ?

Penaud, je réponds d’une voix à peine audible :

– On m’a seulement dit que… que c’était… Ailleurs…

– Ailleurs ? exulte-t-il. Que ne le disiez-vous plus tôt ? Vous semblez ignorer à qui vous avez affaire ? Jeune homme, c’est grâce à moi qu’on peut désormais visiter, entre mille contrées étranges, le Pays de Cocagne, les sables de Dune, la Bibliothèque de Fondation ou les marais du Mordor !

Allez, grimpez, il n’y a plus une seconde à perdre. Zanthanie nous voilà !

Voilà comment ça s’est passé.

La preuve ? Vous l’avez dans les pages qui suivent !

L’Ailleurs, finalement, ce n’est pas si difficile à trouver.

Surtout quand l’avion se nomme Littérature et que c’est l’imaginaire qui tient le manche…

 

N° 4 – Le Grelot a la dalle…

Tout le monde vous le dira, langue et cuisine ont toujours fait bon ménage.

Également riches, elles se nourrissent l’une de l’autre. En sorte qu’il n’y a jamais loin du forum aux fourneaux.

Ainsi, dans l’expression avoir la dalle, la dalle en question a-t-elle d’abord désigné une sorte de gouttière avant de prendre argotiquement le sens de gosier. D’où la fameuse dalle en pente…

Toutefois, même si - comme l’affirme Ésope - la langue est bien la meilleure et la pire des choses, entre celle qu’on déguste et celle qu’on parle, mieux vaut éviter la confusion des genres. Sous peine de se mordre, parfois cruellement. Et ce, d’autant plus qu’en même temps, si la sagesse populaire invite à tourner sept fois la langue dans sa bouche, la politesse, elle, interdit de parler la bouche pleine !

De toute façon, il faut toujours se méfier des mots qu’on a sur le bout de la langue, ils ne sont pas à leur place…

À l’inverse, loin de moi l’idée de ramener ma fraise, mais dès qu’il s’agit de curiosité et d’appétit intellectuels, tout est permis. N’en déplaise aux pisse-vinaigre et aux partisans des régimes hypocaloriques en ce domaine, il est même recommandé d’avoir les yeux plus gros que le ventre, et de dévorer autant que faire se peut. De se goinfrer !

Et, sans modération !

 

N° 3 – Le Grelot buissonnier

Buissonnier ou cancre ?…

Buissonnier signifie-t-il cancre ? C’est vrai : faire l’école buissonnière c’est manquer la classe pour aller se promener.

Pourtant, dans école buissonnière, il y a bien école, non ? Oui mais, vous rétorquera-t-on, c’est l’école des buissons, et non pas l’officielle, la vraie !

Que peuvent donc cacher ces buissons de si… monstrueux pour qu’on essaie d’en détourner les enfants par tous les moyens ? C’est simple : lorsqu’on buissonne, on part à l’aventure. Et, quoi de plus buissonnier par exemple que l’escapade onirique d’Alice sur les traces du lapin blanc, animal buissonnier par excellence, jusqu’au Pays Imaginaire ?

L’école buissonnière serait donc une porte ouvrant sur l’imaginaire. Et, si l’on en croit Prévert, l’imaginaire est celle qui ouvre sur la liberté et le bonheur, car son cancre est pris d’un fou-rire dès qu’on le questionne et sait, de la triste réalité, sur le tableau noir du malheur, dessiner le visage du bonheur. D’ailleurs, c’est bien en sortant de l’école ~ et non dans une classe ! ~ que le poète voit les merveilles du monde.

Alors, où se trouve la véritable école des cancres, dans les buissons ou devant un tableau noir ? Laissons à la compositrice Anne Sylvestre le mot de la fin et le soin de la réponse. Dans sa chanson Vole haut, à la petite fille qui rêve tant de savoir voler pour ne pas être obligée d’aller à l’école, l’oiseau répond : tête folle, pour m’envoler si haut, j’ai appris à l’école

… Dessus le grand ormeau !

 

N° 2 – Le Grelot bigophone

Allo… Le Grelot ?

Eh oui ! Même au cœur de la Cité Interdite, de l’empereur à l’homme de peine, le téléphone est omniprésent. Cette photo du numéro 1 en est la preuve. Mais, vous aviez tous compris l’allusion. Je me trompe ? Dans le même ordre d’idées, l’illustration de la page 16 de ce numéro vous éclairera sur le thème du numéro 3 du Grelot. C’est clair, non ?… Ah bon ?

Cette fois donc, notre Grelot bigophone. Il tente de communiquer. De loin, avec ses tribulations du bout du monde (pp. 6 & 7) ou, au contraire, de près en connexion avec « l’Arche » (pp. 12, 13 & 14). Et puis, sous couvert de progrès, de recherche de rapprochement entre les êtres, il y a tout un florilège d’inventions plus ou moins farfelues, dont « la machine à tirer les verres du nez » (p. 11) nous a paru un bon exemple.

De bigophone en biniou (vive l’argot !) il n’y a qu’un pas, que le Grelot franchit allègrement. « Au son du biniou » (p. 4), il s’en passe des choses ! Et même des appariements si étranges que le cabinet de curiosités (p. 5) ne pouvait les laisser passer. Enfin, il y a aussi la musique, le rock de la lettre B de notre abécédaire (p. 3) compris, que le biniou pourrait accompagner.

Et les grelots dans tout ça ? Rassurez-vous : ils rendent toujours un son aussi peu mélodieux… à cause d’une fée malintentionnée ! (pp. 6 & 7).

Bonne lecture et bel automne à tous. Quant au numéro 3 du Grelot, attendez-vous à mieux encore !

 

N° 1 – Le Grelot se lance

Comment lance-t-on un Grelot ? Tout le monde vous le dira : d’une simple pichenette, s’il s’agit de la petite boule métallique creuse, percée de trous et contenant un morceau de métal qui la fait résonner dès qu’elle tremble ou s’agite que décrit le dictionnaire. Mais, s’il s’agit d’une revue, il en va tout autrement ! À plus forte raison si la revue en question est le fruit d’une série d’heureuses et belles rencontres entre des auteurs, des graphistes et des illustrateurs, tous plus motivés les uns que les autres…

Résultat : aujourd’hui Le Grelot se lance… et vous, amis lecteurs, vous allez assister à ses tout premiers pas… Dans l’inconnu avec l’envol vers la lune et un très étrange tremblement de temps. Dans la lecture avec le A de l’abécédaire d’Alice. Dans l’imaginaire avec le retour aux origines du conte et la première de toutes les fois. Vous découvrirez aussi le monde des gnomes et des lutins, depuis La Garde avec l’épisode 1 de la Malédiction des grelots jusqu’en Australie où une ville a vu le jour rien que pour eux : Gnomesville. Premier pas, premiers trésors, de la poésie et des rencontres avec… une sorceresse, une méchantilope. Et, pour finir – pas en finir ! – une énigmatique photo… pour introduire le prochain numéro et le deuxième pas du Grelot.

Publicités